Dehors : Le paysage - et il faut bien parler de nature de paysage pour qualifier le mode d’habiter - est le lieu de l’extériorité. En ce monde qui est le seul monde, notre Olympe n’est pas l’au-delà ni le ciel, mais le dehors. La nature seule nous ménage une part d’étrangeté absolu qui est pour l’homme, la possibilité d’habiter l’infini. La nature est aussi le lieu de la pluralité, les autres créatures habitent la nature comme nous, selon un rapport d’inclusion et d’extériorité. Extériorité que l’homme est en train de perdre. La nature fait entendre la musique de la différence, alors que la société des hommes n’est que l’addition d’autant de solitudes. Enfin, la nature est le lieu de l’espace : elle seule offre à chacun l’espace où déployer son imaginaire.
L’homme ne parvient plus à caler son mode de vie sur l’extérieur. Son imaginaire est coincé. Et il s’agit bien d’imaginaire – puisqu’un site est toujours emprunt plus ou moins à une ferveur nostalgique collective - liée à un mode de vie passé ou présent. Le paysage devrait permettre d’habiter dehors, en relation directe avec les éléments, l’eau, le ciel et une géographie qui la porte. Dans le dialogue avec la nature, c’est la maison qui est l’outil de médiation. La maison, entre le corps et la nature. Et la maison est l’outil premier d’une proposition d’existence. La maison ne sert plus à se protéger du dehors. Elle est comme une membrane, à travers laquelle transite ce qui vient du corps et ce qui vient au corps. Elle le prolonge et le met en rapport avec les réseaux de la nature, les climats, les ambiances, les échelles… On peut reprocher à l’architecture d’avoir oublié le ciel. La ville s’est construite en s’élevant toujours plus haut d’un trottoir à l’autre. Comme pour essayer de voir l’horizon derrière les façades d’en face. Sans jamais y parvenir. C’est une course urbaine qui a occulté le ciel. Et la lumière se fait rare en bas, dans les rues étriquées, polluées, et bruyantes…le piéton étouffe. La ville ne pense plus que par et pour la voiture - le déplacement individuel - comme si l’important était surtout de pouvoir partir, aller respirer ailleurs. L’architecture ne doit pas être une forme avant d’être une relation à l’extérieur. Une maison est remarquable pour la vie des habitants qu’elle permet, et dont elle est la coquille. C’est la variété inépuisable du quotidien qui en fait la qualité. La maison la plus intéressante serait donc sans qualité ou particularité, mais mettrait en scène un mode de vie, et montrerait un quotidien. La maison est donc ouverture. Le salon est un bois derrière la maison, la cuisine une cour, et les voisins sont les oiseaux près desquels la maison nous met “en cage”. La cage est la figure type de la structure poreuse ouverte sur l’extérieur, le vide, le paysage.
L’intérieur d’une maison, comme le paysage, devrait être dépourvu de cloisonnement. Tous les attraits de la maison concentrés en une seule salle. L’espace n’est pas divisible en zones spécialisées : c’est l’occupation qui définit la fonction.
Comme dans une maison paysanne, on tourne et se déplace autour de la seule structure fixe de la maison : la cheminée. La maison est bel et bien un foyer, mais au double sens de foyer domestique et de feu de camp. Même le mobilier doit aller vers cette quête du dehors, et équiper l’espace extérieur. S’étaler dehors comme on déballe un sac de bohémien, simulant la possibilité d’une vie nomade. La vie sur péniche peut aujourd’hui revendiquer ce mode de vie. Il s’agit de ne plus habiter dans la nature, mais d’habiter la nature. La vertu d’une bonne maison est de donner la nature, l’extérieur pour maison.